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Keen Souhlal « Live In Your Head » – Texte Camille Paulhan – Galerie Portrait – mai 2013

Posted by on Oct 16, 2013 in NEWS, TEXTES |

Keen Souhlal : « Live In Your Head »

Je crois que Keen Souhlal sait ce qui se passe dans ma tête.

Plus précisément, ses oeuvres me permettent de comprendre certains processus mémoriels ou réflexifs. Dans ses nuées d’oiseaux (Murmuration, 2012), je crois reconnaître ces bouleversements dont chacun a fait l’expérience en lisant un livre ou en regardant une oeuvre d’art. Ces sentiments pour le moins gazeux, faits de multitudes de petites considérations sur les choses, semblent ici incarnés, dans la brume qui les caractérise.
murmuration-02-2012-netAlbédo (photographie, 2009) et Murmurations (impressions sur papier, 2012).

Lorsque je les avais vues pour la première fois, j’avais imaginé – comme beaucoup, je suppose – que les porcelaines de ses 90 grammes d’idée fixe (2012) étaient des feuilles blanches trempées dans la porcelaine. Au four, point final. Mais non : le processus de leur confection, aussi complexe que celui d’une pâtisserie rare, mérite que l’on s’y attarde. De fines feuilles de porcelaine sont habilement froissées, et de petites cales s’intercalent entre les plis, que l’on enlève au fur et à mesure du séchage, lent et périlleux. S’ensuivent de nombreuses casses, des aplatissements non prévus, des résultats avortés. Pour une petite feuille blanche chiffonnée, d’une apparente simplicité, combien de ratés découverts en ouvrant le four ? Plus que la référence romantique à la page d’écriture que l’on froisse avant de la jeter à la corbeille, je pensais surtout à ces moments où la pensée se déplie, avant d’être rapidement réfutée. Et puis ramassée, fripée, et enfin jetée.

90gr_2011-net90 grammes d’idée fixe, porcelaine, 2012

Il y a de cela aussi dans les arrachements qu’elle effectue sur des souches abandonnées (Avulsus, 2013). Sérendipité : les villes et autres paysages que l’on déracine du bois sont ici par un hasard des plus heureux. Chercher une première chose, et tomber sur une autre idée.

Avulsus-2013-netAvulsus, bois

Dans les photographies prises par Keen Souhlal, peu voire pas d’être humains. À peine un homme aux cheveux poivre et sel, assis en tailleur sur un siège bleu en plastique, prenant place dans un amphithéâtre de sièges bleus en plastique[1]. On y voit aussi des paysages en couleur ou en noir et blanc, dans lesquels des habitats ou des parcs à thème semblent avoir été brusquement abandonnés. Ma pensée est comme ces photographies, avec ses complexités architecturales, labyrinthiques, mais ne pouvant laisser place à une foule. Seul semble autorisé un petit personnage qui a retiré ses chaussures et se perd dans ses rêveries, assis sur son siège de plastique bleu.
Espace-entre-2009-net

Espace entre (série), photographie, 2009

Dans ma bulle, encore, avec Paysage redressé (2009) : intérieur comme extérieur se rapprochent, avec les feuillages qui semblent s’être développés d’un espace à l’autre par capillarité. Une réconciliation devient possible, mais une fusion, jamais.

Paysage-Redressé-2010-net

Paysage redressé, photographie, 2009

Et puis viennent ces moments où quelque chose arrive, nous touche. Dans Albédo (2009), une lumière vient effleurer une fenêtre derrière laquelle l’obscurité guette. Au fur et à mesure qu’elle avance dans l’image, la voilà qui s’éparpille – si l’on peut dire de la lumière qu’elle s’éparpille, à la manière des billes de mercure échappées d’un thermomètre – mais réussit néanmoins à atteindre
et à traverser la surface vitrée. Enfin, la série récente des Gloires (2013) rappelle ce moment particulier de la fin de journée, lorsque les rayons du soleil couchant transpercent les nuages. Ici, ce sont différents puits de lumière qui sont imprimés les uns par-dessus les autres pour un résultat difficilement déterminé à l’avance. Des couches réflexives s’accumulent, de couleurs et de textures différentes, mettant du temps à sécher, mais laissant néanmoins passer de petites irrégularités lumineuses. Et c’est justement ce scintillement de la pensée, malhabile et souvent engluée comme l’encre des dessins, que je crois voir dans ces oeuvres de Keen Souhlal.

Gloires-02-2013-net

Gloire, impression sur papier, 2013
Alors, bien sûr, on pourrait imaginer un univers pleinement ensoleillé, stabilisé dans sa luminosité parfaite. Mais il faudrait pour cela se passer de gloires les soirs d’été. Signes de journées nuageuses ou de pluie, elles nous rappellent que de la maladresse émerge parfois des petites fulgurances frémissantes.

Camille Paulhan, mai 2013

[1] Je me rends compte en regardant la photographie de plus près que deux autres personnages sont visibles sur l’image, mais ne suis pas tout à fait sûre qu’ils soient aussi présents que le premier.

PRESSE – HOME AVRIL – MAI 2013

Posted by on Juin 29, 2013 in NEWS, TEXTES |

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17ème Biennale internationale de céramique de Châteauroux

Posted by on Juin 25, 2013 in NEWS, TEXTES |
90 grammes d'idée fixe, 2012 Porcelaine

90 grammes d’idée fixe, 2012
Porcelaine

Écrits, mythes & légendes : 90 grammes d’idée fixe

œuvre exposée du 8 juin au 1er septembre 2013 au Couvent des Cordeliers de Châteauroux

TEXTE D’ANAÏS GRATEAU, CATALOGUE DE LA 17EME BIENNALE INTERNATIONALE DE CERAMIQUE 2013

Posted by on Juin 25, 2013 in NEWS, TEXTES |

90 grammes d’idée fixe

Face à nous, une série de frêles formes blanches, qui semblent sur le point d’éclore. Disposée sur une table, la constellation que l’on prend d’abord pour de simples feuilles de papier habilement froissées se révèle, lorsque le regard s’attarde,  être faite de porcelaine. À cette identification mystérieuse fait écho un titre qui laisse songeur. Quelle est l’idée fixe qui a fait naître ces volumes si simples à la beauté hypnotique? L’obsession de l’artiste qui patiemment modèle et cuit ou celle du spectateur, hésitant, qui rêve de prolonger son regard par le toucher? Interdite dans l’espace d’exposition, c’est pourtant à une prise en main que nous aspirons face à ces délicates sculptures de la taille d’une paume, pour mieux les caresser et en deviner la matière. Idée fixe comme la lettre que l’on ne parvient jamais à écrire, que l’on déchire pour finalement toujours y revenir, la reprendre en espérant un jour l’achever et y laisser un peu de nous-mêmes.

Si le terme de porcelaine évoque instantanément une certaine idée du décoratif, liée à l’art du passé et aux coutumes des arts de la table, les céramiques de Keen Souhlal, sont dépourvues de tout ornement et ne sont conçues pour aucun usage. En choisissant une technique profondément liée aux arts décoratifs, qui ne se laisse approcher que par un savoir-faire et une série de gestes ritualisés, l’artiste, dans sa recherche du médium le plus juste, emprunte ainsi à la sphère artisanale pour mieux brouiller les pistes.

La force plastique  de la série réside dans ce paradoxe entre une confection soignée et patiente, chronophage, et l’impression finale qui en résulte, celle d’une feuille froissée à la hâte en un constat d’échec. Face à ce brouillon aux allures précieuses, le spectateur est sollicité, tenté presque. Si l’on sait qu’entreprendre de déplier ces fragiles sculptures est bien sûr voué à l’échec, il n’est pas défendu d’imaginer ce qu’elles pourraient renfermer : une image, un poème, une surprise et, dans tous les cas, un secret. Avec leur profil si doux composé pourtant parfois d’arêtes acérées, ces œuvres nous délivrent quelques grammes d’une poésie fragile que l’on craint de faire disparaître à la moindre respiration. Fleur de terre, amas de corail, voile abandonné ou oiseau blessé, chacune de ces formes oscille imperceptiblement dans notre esprit pour toujours se métamorphoser, sans jamais toutefois nous délivrer totalement son message disparu, comme écrit à l’encre magique.

Catalogue de la 17ème Biennale internationale de céramique, Couvent des Cordeliers Châteauroux du 8 juin au 1er sept 2013

Posted by on Juin 25, 2013 in NEWS, TEXTES |
Catalogue de la 17ème Biennale internationale de céramique, Couvent des Cordeliers Châteauroux du 8 juin au 1er sept 2013

LÉGENDES & ÉCRITS, MYTHES

Biennale internationale de céramique Châteauroux

du 8 juin au 1er sept 2013

Couvent des Cordeliers