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Texte de Victor Mazière – catalogue Casa de Velázquez – Février 2017

Posted by on Oct 3, 2018 in NEWS, TEXTES |

Des mondes nucléaux

Qu’il s’agisse de sculptures mêlant le bois, le verre et la céramique ou encore de pratique située, le travail de Keen Souhlal, au-delà de la diversité des techniques, relève toujours d’un même « minimalisme sensoriel », à la fois épuré et organique, où chaque nouvelle pièce expérimente le potentiel « alchimique » des matériaux mis en oeuvre : de là vient peut-être cette sensation, que l’on éprouve devant son travail, d’osciller entre le vide et le plein, l’apesanteur et la densité. L’impression de paradoxe ne se limite pour autant pas aux qualités externes de ses sculptures, elle semble gouverner aussi l’opération interne de « forage », qui creuse la matière non seulement physiquement, mais aussi métaphoriquement, jusque dans ses temporalités tectoniques : archives de mondes disparus, dont il subsiste à peine la trace, ces stratifications sont aussi incommensurables à notre existence que le seraient les prélèvements de calotte glaciaire, dont Keen Souhlal s’est d’ailleurs inspirée pour l’une de ses installations. (suite…)

Hand in Glove, Galerie Virginie LOUVET jusqu’au 18 juillet 2015

Posted by on Juin 5, 2015 in NEWS, TEXTES |

image - copie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Galerie Virginie Louvet, 48 rue Chapon 75003 Paris

www.virginielouvet.com

Exposition : 4 juin – 18 juillet 2015

La Galerie Virginie Louvet présente une exposition réunissant le travail de quatre jeunes artistes :
Louis-Marie de Castelbajac, Léa Dumayet, Alan Goulbourne et Keen Souhlal.
Hand in Glove est une proposition de concert où les matériaux se délient et se bouleversent.
L’occasion a été donnée à chaque artiste d’interpréter des matières différentes (bois, porcelaine, métal,
céramique, calque) afin de nous offrir une partition globale.

Furious Fifties Project // Océan et îles sub-antarctiques

Posted by on Nov 25, 2014 in NEWS, TEXTES |

Projet en cours dans l’océan austral et antarctique :

Iles Kerguelen

 

Furious Fifties Project

 

 

« Conversation d’un vestige contemporain » du 05 Septembre au 18 Octobre 2014 à Lyon

Posted by on Sep 1, 2014 in NEWS, TEXTES |

Exposition personnelle :

 

Keen Souhlal

Conversation d’un vestige contemporain

Projet réalisé avec le concours de la DRAC IDF – aide individuelle à la création 2014 logo_drac_iledefrance

Du 05 Septembre au 18 Octobre 2014

Vernissage le Vendredi 05 Septembre 2014 (18h-21)Avulsus-2013-net© Keen Souhlal

« Les arbres qui nous entourent sont devenus transparents. Ils sont toujours là, réduits la plupart du temps au statut de mobilier urbain, mais nous ne les voyons plus ; comme nous ne connaissons plus la substance de la terre sur laquelle nous marchons, cachée sous les pavés, ou la nature que nous avons abandonnée et qui peut, dans le meilleur des cas, fournir la matière pour des images bucoliques. Keen Souhlal reprend une nouvelle fois son travail autour de l’imperception, de notre capacité à devenir aveugle à ce qui nous entoure, en mettant cette fois-ci en valeur le bois et la terre – en l’occurrence la céramique – sous différents aspects. Créant des formes composites, hybrides, qui demandent au spectateur un effort de perception pour saisir leur vraie nature, elle remet au centre de notre attention d’imposantes pièces de bois évidées, marquetées, débitées, transformées en œuvres d’art par un déplacement subtil. Cette réappropriation d’une nature dénaturée peut être lue comme un appel à lutter contre l’indifférenciation, à percevoir la fragilité de notre monde – au-delà de son apparente immuabilité. L’artiste trahit également par ce geste notre incapacité à nous préoccuper d’objets qui n’ont pas été manipulés par l’homme et pose ainsi la question de l’intervention artistique en elle-même et de son statut : c’est elle qui fait le pont entre nous, spectateurs et humains, et la matière, en extrayant celle-ci de sa dimension utilitariste comme de sa naturalité, en la rendant notable. Keen souligne ainsi notre passage dans une dimension extra-matérielle, abstraite, qui demande une médiation pour retoucher terre. Il nous faut pour cela effacer la frontière invisible qui nous sépare de notre environnement, et nous amène à la considérer comme une extension conceptuelle de nous-mêmes, proche de l’immatériel. Keen fait ici preuve d’un engagement qui va au-delà d’un manifeste écologique ; elle libère la forêt de sa découpe abstraite et notre esprit de sa vacance peuplée d’images toutes équivalentes et dénuées de sensibilité.

L’œuvre 90 grammes d’idée fixe, qui réunit symboliquement le bois (le papier figuré) et la terre (la céramique utilisée) est emblématique de son travail : à contre-courant de la dépréciation qui devrait toucher ces boulettes de « papier », essais infructueux destinés à s’effacer de notre champ de vision, elle fixe par leur intermédiaire l’envers de la dématérialisation qu’entraîne la numérisation à marche forcée. Le papier, et avec lui la matière elle-même, gagnent une dimension muséale paradoxale »

©Michael VERGER

 

Plus d’informations

> Exposition à venir « Conversation d’un vestige contemporain« , Keen Souhlal, du 05 Septembre au 18 octobre 2014

> L’attrape-couleurs fait partie du réseau ADELE, voir le site, et du réseau ACRA, voir le sitewww.attrape-couleurs.com

L’attrape-couleurs

Mairie annexe place Henri Barbusse
69009 LYON
Tél : 04 72 19 73 86
L’attrape-couleurs est soutenu par la Mairie du 9°, la Ville de Lyon, et la Région Rhône-Alpes

 

Texte Michael VERGER, écrivain, 2013

Posted by on Déc 16, 2013 in NEWS, TEXTES |

Le parcours artistique de Keen Souhlal témoigne d’un engagement continu à créer à travers épures et abstractions subtiles un décalage perceptif à même de venir mettre en jeu le regard dominateur que nous portons sur le monde autour de nous. Dans ses œuvres, rien n’est livré immédiatement au spectateur : celui-ci doit prendre la peine de s’interroger et de comprendre ce qui lui est donné à voir – ce qu’il peut découvrir. Il croit reconnaître une forme anodine (une boulette de papier, une feuille blanche) mais l’apparence est trompeuse. La boulette de papier est en porcelaine, la feuille blanche est traversée de plis qui y dessinent une forme presque secrète. Le spectateur est ainsi amené à suspendre ses réflexes, à se questionner sur sa manière de percevoir, et à pénétrer un mystère. Ce décalage ne vaut pas pour lui-même : le geste de l’artiste est comme effacé, hors des raffinements esthétiques et formels qui lui donnerait le beau rôle, pour laisser la place à la matière de s’exprimer. C’est la lumière qui prend substance, le bois, le papier – ce dernier tient d’ailleurs un rôle particulier dans 90 grammes d’idée fixe. Ces « boulettes » de papier que l’on croit observer sont réalisées en porcelaine ; mais cette soudaine prise de valeur d’un objet déprécié – l’essai infructueux que l’on jette dans les abîmes de notre imperception (ce pourrait être le nom de cette façon de ne plus voir les choses) – souligne le statut ambivalent du papier : matière transformée, matière « neutre », à même de recueillir notre mémoire, nos archives, et de nous aider au fil des siècles à nous affranchir de notre condition. Nous ne lui accordons aucune forme de pensée (ou de reconnaissance) : c’est une simple médiation de nos ego dans le monde. En ce sens, il expose l’utilitarisme qui nous sépare de notre environnement, même le plus intime. Les vestiges fragiles mis au point par Keen Souhlal accusent cette imperception, à double titre, puisque le papier est en train de gagner une dimension muséale, au moins symboliquement, du fait de la dématérialisation du monde technologique.

Le « papier » de cette œuvre est laissé vierge de toute inscription, il fonctionne comme une archive vide, résonnant en cela à l’unisson d’une œuvre postérieure, Numerus Clausus, qui met en scène les solides de Platon. Ces derniers sont uniquement visibles grâce à des pliures dans du papier gaufré, rendant le travail presque imperceptible. Les solides de Platon créent les conditions pour l’homme de la représentation et de la connaissance du monde physique qui l’environne, chaque élément étant représenté par une forme géométrique régulière. Cette connaissance participe d’une vraie curiosité envers le monde. Les figures piégées dans les plis du papier lui donnent une dimension inédite : il renferme la clé d’un savoir secret, qui demande notre participation active pour être embrassé. Le choix de Platon n’est pas dû au hasard : le mythe de la caverne, représentatif de tout la pédagogie platonicienne, caractérise les illusions des hommes à l’égard des apparences et lie ces illusions à l’exercice du regard sur des ombres portées.

On pourrait dire que Keen Souhlal pratique la même défiance systématique à l’égard du regard. L’effacement volontaire des repères proprement visuels dans son travail met le spectateur directement en contact avec une matière palpable. Il serait plus facile de sentir les pliures de Numerus Clausus ou les reliefs d’Inlandis des doigts que du regard ; nos yeux nous trompent, notre toucher pourrait nous éclairer. C’est notre regard, omnipotent et super-fonctionnel, qui perpétue le monde des apparences, nos mains ne font que leur obéir. Il faut cependant opérer une distinction plus subtile : les œuvres autour du papier ne sont pas véritablement tactiles et elles ne sont pas non plus à proprement parler sculpturales. Elles restent attachées au papier, comme support du regard. En fait, elles affirment qu’un autre regard est possible. Il existe une forme de regard tactile, un regard non pas aveugle mais curieux, qui perce, scrute et examine les choses qu’on lui donne (sans a priori), et se distingue ainsi par sa liberté prospective du regard dominateur, emputé de sa dimension poétique. C’est ce que peuvent nous dire des œuvres comme Inlandis ou Murmuration. L’œil y est libre de déambuler et d’y percevoir des paysages, des chutes d’eau, des reliefs, les cartes de royaumes oubliés, des vols d’étourneaux ou des vues sous microscope. Pas d’échelle, pas de contrainte, l’esprit déconnecté peut se laisser aller à imaginer à nouveau. Ces signes presque fantomatiques, ces marques dans le papier évoquent moins la marche du hasard que des vestiges très anciens, tels objets mystérieux, telles traces de fondation, telles lignes légères tracées pour rouvrir ce qui peut l’être, l’aventure de la perception, le chemin vers la curiosité.

©Michael VERGER, écrivain